Je me présente un minimum quand même, Kiwie, artiste autodidacte.
Je mets en ligne ici des extraits de mon roman, protégé par copyright, je le précise pour les petits malins qui voudraient en profiter.
Vous trouverez également des vidéos de mes concert avec le groupe Blackstorm.
Je reste à votre entière disposition pour d'éventuelles questions. N'hésitez pas à me donner vos avis sur ce que je fais.
Regardez sur le coté... Je me suis créé un blog musique! Extrait de ma derniere compo en date, pas encre finie! Mais c'est un bon aperçu de ce que je fais!
Enjoy! Kiw
Faut il se tuer pour vivre ? Peut être est ce de là que tout à commencé, ou peut être pas.
Faut il vivre pour se tuer ? Continuité logique du questionnement ainsi entamé, comme un train lancé à pleine vitesse sur des rails trop vétustes pour supporter les vibrations engendrées, comme une fille trop maquillée pour sortir sans être remarquée. Se regarder, être enfin face à soi, se fuir, et se retourner, pourquoi ?
Pour avancer, car on ne peut pas reculer.
Enfin se rendre compte de ce que l'on est, l'accepter et décider de changer pour enfin pouvoir s'aimer et se supporter. Vivre en accord avec le passé et dessiner un futur, plein de gaieté, de sourires et d'espoir. Un fil, un funambule, une perche pour l'équilibre et un public pour l'applaudir.
Voilà à quoi tout cela aurai pu ressembler, c'est une belle image, un tableau, un rêve, un accompagnement. C'est ce que l'on fait croire, c'est ce que l'on laisse voir.
Vous étiez heureux, vous vous contentiez de peu, juste de ne pas vous croiser, de ne pas vous parler, vous vous ignoriez. Ce que l'un fait l'autre le détruit, vous n'étiez ni le bien, ni le mal ; ni le jour, ni la nuit. Ca aurait été bien trop simple de pouvoir si facilement vous qualifier.
Elle ne vivait que pour les choses qui existaient, aucune part de rêve, jamais d'improvisation. Jamais de débordements non contrôlés, jamais de douceur. Elle était le froid, glaciale. Il faut dire qu'elle en imposait. Sûre d'elle, impitoyable, dominatrice, elle ne regardait jamais personne en particulier. Elle observait les situations, sans bouger, assise pendant des heures devant une table la bouche fermée. Juste à regarder les autres s'agiter. Elle ne comprenait pas pourquoi les anniversaires, les fêtes, les repas, les occasions et tout le reste justifiaient un tel spectacle. Tout le monde bouge, s'amuse, danse, gueule. Tout ce chahut avait le don de la rendre encore plus irritable que d'habitude. Elle se contenait, faisait semblant de sourire, se contentant du fait que cela ne pourrait durer éternellement, qu'il y aurait bien une heure où tout le monde irait enfin se coucher.
Elle aimait particulièrement mettre les autres dans des situations gênantes, dévoiler leurs points faibles, les mettre à nus devant tout le monde et bloquer toutes les issues. Elle jouissait de ces situations, elle n'aimait pas faire souffrir, elle en tirait juste un certain pouvoir.
Elle ne construisait jamais rien, que ce soit dans sa vie ou dans ses relations avec les autres. L'engagement était pour elle la plus belle preuve de folie. Elle rejetait tout ce qui pouvait paraître durable, elle s'éloignait de toutes les choses auxquelles elle s'attachait. Elle avait pour but de s'autodétruire en survivant et en se nourrissant de toute ces tragédies qu'elle scénarisait secrètement lors de ses longues nuits d'insomnies.
Elle avait quelque chose de mâle, son esprit guerrier, son manque d'empathie, sa brutalité, ses chasses. On ne peut pas la dire mauvaise. Juste bestiale, instinctive, insensible et manipulatrice.
Elle voulait ta perte, sans le savoir. Elle t'aimais, mais d'un amour destructeur. Elle ne te reniait pas, elle assumait même de t'avoir choisi. Elle se disait que c'était ça l'amour, aller jusqu'au bout à deux. Elle trouvait même que vous étiez complémentaires, même si tu étais son parfait contraire.
Tu avais une part de féminité, de douceur, un sourire cousu sur tes lèvres, tu vivais !
Tu savais t'amuser, rire, danser sans te censurer, exubérante, tu en faisais toujours trop, euphorique, tu en profitais à chaque fois jusqu'au bout, jusqu'à ce que la fatigue te cueilles et te transporte jusque dans tes nuits. Tu représentais l'insouciance, la naïveté, l'enfance et c'était cela qui faisait ton charme, tu étais toi, rien ne te choquait, tout t'amusait. Rien ni personne ne pouvait te décevoir, la vie était ton rêve, tu étais une princesse au milieu d'un abîme de conneries que tu ne voyais même pas. Pour toi rien n'était mauvais et chaque situation avait quelque chose de bon à enseigner.
Peut être trop gentille, trop conne, tu donnais sans compter, sans regarder ce qu'il te restais, tu savais aimer, sans jamais en profiter. Ton ciel était toujours bleu, sans nuages, tu avais même la faculté de les chasser lorsqu'ils arrivaient. Un peu idiote, un peu sotte, tu ne réfléchissais jamais à ce que tu faisais, à ce que tu pouvais engendrer. Comme une enfant tu pleurais lorsqu'on te reprochait les choses que tu avais faites. Comme une gamine tu avais besoin de tendresse, de câlins, de bisous et de bonbons. Trop vieille pour encore pouvoir t'acheter des jouets, mais assez immature pour les emprunter aux gosses que tu connaissais.
Tu avais peut être peur d'entrer dans la vie réelle, d'avoir des responsabilités, de travailler, de grandir et de tourner la page. On pouvait te surprendre à parler comme un bébé, sans verbe, sans « r », avec une expression enfantine déplacée, qui pouvait agacer.
Mais c'était toi, on ne pouvait pas te demander de changer. Tu étais irresponsable, incapable de mettre un pied devant l'autre sans une mère de substitution qui faisait tout à ta place. Tu manquais horriblement de confiance en toi mais ta bonne humeur permanente palliait très bien à ce problème.
Quand tu l'as rencontré tu as tout de suite craqué. Belle, sombre, mystérieuse, taciturne. Tu n'as même pas osé l'aborder, tu fuyais son regard, tout en le cherchant.
Elle aussi t'avait remarquée. Tu le savais, tu sentais son regard dans ton dos. Tu frissonnais d'envie, tes genoux tremblaient, plus rien n'avait d'importance pour toi à ce moment précis. Tu n'avais jamais ressenti ça. Une main s'est posée sur le bar, à quelques centimètres de la tienne.
- Salut, Moi c'est Lou
- ...
Tu étais si pétrifié par la peur que tes yeux n'avaient pas quittés ton verre vide devant toi.
- Je t'offre quelque chose? Ca te débloquera peut être!
- Ex...excuses, euh, la même chose.
- Et à qui ai-je l'honneur?
- Marie, désolée, je ne m'attendais pas à ce que quelqu'un m'adresse la parole.
- Et pourquoi donc, une si jolie demoiselle...
Tu as rougis, tu as détourné la tête quelques petites secondes, le temps que le ciel te tombe sur la tête, que la terre se soulève, et tu as lui a enfin rendu son sourire.
Tu as failli tomber à la renverse, tu ne pensais pas que ce genre de filles pouvait s'intéresser à quelqu'un comme toi. D'habitude tu es sociable, tu n'as pas peur des autres, tu ris tout le temps, mais là. Tu t'es senti toute petite, insignifiante. Mais tellement heureuse qu'elle soit venue malgré tout.
- Disons que je n'attendais personne.
- En es tu si sûre? Sinon je m'en vais.
La soirée a continuée, tu ne pensais pas qu'elle était réelle, tu t'attendais à ce qu'elle disparaisse sans ne jamais plus donner de nouvelles. C'est pour cela que lorsqu'elle t'as proposé de te raccompagner cela ne s'est pas arrêté là.
Vous etes montées, vous avez bu le dernier verre promis, vous avez traînées un moment devant tes CDs, encore bu un verre "pour la route".
Au moment de la séparation elle s'est gentiment dirigée vers la porte, sachant que tu la retiendrais, qu'elle ne franchirait pas le seuil de ta porte. Tu as murmuré, tout doucement
- J'ai peur dans le noir.
Elle s'est retournée, elle t'a sourit.
Cette nuit fût la plus longue que tu ais passé jusqu'à ce jour.
Le lendemain elle habitait presque déjà chez toi, son bail se terminait dans trois jours et elle n'avait toujours pas cherché d'appart. En bonne Ame comblée sexuellement et aveuglement passionnée tu lui a immédiatement proposé une petite place dans ton lit, et ce indéfiniment dans le temps.
Elle est restée, elle a mélangée ses affaires aux tiennes, sa vie à la tienne, son sexe au tien.
Elle passait sa vie à observer les gens, pour écrire une thèse sur les relations entre les différents sexes. Homme-Femme, Femme-Femme, Homme-Homme, ce qui justifiait ses déplacements et sorties en tout genres. Tu ne lui demandais jamais de te rendre de compte, tu savais qu'elle fréquentait régulièrement les boites homo parisienne, mais c'était pour son boulot. Tu étais aveugle, prête à tout pour elle.
Tu pardonnais toutes ses coucheries en te disant que c'était toi qu'elle aimait, tu essuyais ses colères, tu la réconfortais pour mieux te faire envoyer chier.
Elle t'aimait. Même si elle voulait les avoir toutes à ses pieds, même si elle voulait qu'aucune ne lui résiste, elle savait qu'elle ne supportait que toi.
Cette vie a continué, jusqu'à ce qu'un beau matin elle te murmure à l'oreille
- Je t'aime mais je te détruirai, d'amour, de transpiration inutile qui ne change rien, de trop dit, de pas assez dit et de manque de réalité.
Tu lui as souris et tu lui as répondu:
- Tant mieux.
Tu t'es retournée et enfouie sous la couette, ton dos contre le sien pour bien sentir sa chaleur un peu moite du matin.
A ce moment pour toi tout était parfait, elle t'avait enfin promis de te détruire. De ne pas te donner de futur, ni de réalité.
Elle savait que c'était à coup sûr t'attirer davantage dans son auto-destruction et que tu allais suivre et te jeter dans le vide avec elle.
Loin d'être un défit personnel pour la faire changer d'avis, juste que cette alternative t'allait plutôt bien.
Tu réfléchissais déjà à la fin et à l'état dans lequel tu te retrouverais après cette expérience.
- Jusqu'où es tu capable de me pousser?
- Jusqu'à la fin. Mais tu peux partir si tu veux.
- Non je reste, ça m'excite d'aller là où rien n'est bon pour moi.
Tu as vaguement tendu le bras pour attraper un boîtier de CD vide, un briquet, une clope, et ton bout de shit.
- Tu vas déjà t'achever? T'es à peine réveillée.
- Hum, Destroy jusqu'au bout, et c'est certainement pas un petit joint sur l'oreiller qui va me tuer!
Tu as roulé, tu as fumé, seule étant donné qu'elle s'était déjà rendormie. Et tu as réfléchi longtemps, tu as re roulé, tu as re fumé, et tu as encore réfléchi.
Tu as changé, à cet instant précis. Tu étais désormais prête à la suivre, prête à aller jusqu'où tu ne serais plus toi.
Je ne pouvais que vous regarder, qui étais-je pour intervenir? Votre conscience? Certainement pas.
Elle bossait, ramenait de l'argent, te faisait vivre. Elle savait que tu étais dépendante et elle profitait de tout ce que cela pouvait lui apporter.
Tu pardonnais, tu croyais avoir la vie rêvée, celle où rien ne compte à part se faire du mal et s'aimer jusqu'à en crever.
Tu l'idolâtrais, elle obtenait de toi tout ce qu'elle désirait. Tu ne la connaissais pas, tu ne savais jamais qui elle était, si elle jouait ou si elle était sérieuse. Tu vivais dans la seule certitude de lui appartenir, et d'être la seule capable de la retenir.
Car oui, elle avait besoin de toi. Bizarrement elle était dépendante de toi. Le seul pouvoir que tu avais sur elle était qu'elle t'aimait.
A force de réflexions et de pétards tu as fini par te rendormir, une heure, peut être deux. A ton réveil elle n'était plus à côté de toi.
Quand tu t'es levée elle était déjà habillée, prête a partir.
- Tu vas où? Tu bosses jamais le matin.
- Je m'en vais, pas le temps de t'expliquer, je t'appellerai dans quelques jours, attend moi si tu m'aimes.
- Tu pars plusieurs jours? Dis moi au moins où tu v...
- Pas de questions, laisse moi partir si tu m'aimes. Moi je t'aime.
Elle a claqué la porte, t'as laissé là. Tu n'as pas réagis, tu ne comprenais pas ce qu'elle te demandait.
Tu es restée sans bouger, jusqu'à entendre le bruit de sa moto démarrer et s'éloigner. Elle l'a fait, partir sans te laisser d'explications et te demander de l'attendre.
Quelques jours? Qu'est ce que ça veut dire quelques jours? C'est plus d'un jour, mais elle n'a pas dit demain non plus, deux jours, trois jours, une semaine? Où? Pourquoi? Avec qui? Comment? Pas de questions, la laisser partir si je l'aime, l'attendre si je l'aime? Pourquoi?
Tu as tourné en rond, tu t'es ressassé les mêmes choses pendant des heures. Tu as bu pour oublier, tu as vomi en oubliant, tu as dormis sans rêver. Tu as fumé des millions de joints qui n'ont servis à rien, tu es partie, tu es revenue, tu as couvé ton téléphone.
Tu ne sais même pas combien de temps cela à duré, une éternité pour toi, un calvaire. Elle ne t'a pas appelé.
Un soir la porte s'est ouverte, tu as bien entendu le barillet tourner mais tu ne t'es pas levée. La maison était dans un état chaotique, et toi aussi.
Elle est rentrée doucement en faisant semblant de croire que tu dormais. Elle savait que tu l'attendais tapie sous une table, dans un placard, ou prostrée dans un coin. Qu'elle ne te trouverait pas simplement couchée dans ton lit ou sur le canapé. Elle savait aussi qu'elle allait devoir essuyer tes larmes, te moucher, te prendre dans ses bras et trouver un moyen de s'excuser, de s'expliquer, de te mentir.
Tu savais qu'elle te cherchait, mais tes cachettes étaient toujours les mêmes. Tu es prévisible. Tu savais qu'elle allait devoir te consoler, et surtout qu'elle allait te mentir. Tu avais peur de ces retrouvailles, coincée dans ta grande armoire.
Elle a ouvert la porte, elle t'as relevé, prise dans ses bras, essuyé tes larmes, déshabillée, couchée dans ton grand lit.
Vous n'avez pas parlé. Elle est venue se collée contre toi, nue, elle a laissé ses mains combler tout le vide qu'il y avait dans ton corps et dans ton coeur.
Tu as fermé les yeux et tu t'es laissée aller, sans rien faire, tu avais déjà pardonné.
Allait elle changer ? Où était-ce vraiment comme cela qu'elle voyait les choses ? Ne pas donner d'explications, partir, et revenir. Tu t'en foutais bien. L'important pour toi était qu'elle soit revenue. Cela prouvait à tes yeux qu'elle ne pouvait se passer de toi. Tu ne t'es même pas posé de questions, Elle était là.
Elle s'était radoucie, plus calme, plus présente. Pour la première fois, elle était même rassurante. Elle faisait les courses, le ménage, vaisselle comprise. Une vie de couple ? Tu t'es sentie désarmée face à tout ça. Assumer une vie de petite mémère tranquille ? Pourquoi pas. Mais pourquoi tant de stabilité, de réalité, de cuisine sans sel d'un seul coup ?
Tu t'es faites à cette nouvelle façon de voir les choses. Des cadeaux sans occasions, des croissants le matin, des restos, des surprises... Tu t'es dis que c'était pas si mal la vie sans le côté trash des choses. Tu en as même oublié ton côté punk.
Elle s'était trouvé un job tranquille qui consistait à tester un panel de produits d'utilisation quotidienne et à rédiger des avis pour une association de consommateurs. Elle ramenait tout ce qu'elle devait tester. Cela servait accessoirement de cadeaux. Elle testait aussi des restaurants pour des guides touristiques, elle te demandait toujours de l'accompagner, elle te disait qu'elle t'invitait.
Elle s'en voulait, de ne pas t'expliquer, de ne pas te dire tout ce qu'elle faisait derrière ton dos. Elle t'aimait bien, elle ne voulait pas te faire de mal.
Tout était prétexte à te faire oublier son escapade, à faire en sorte que tu poses le moins de questions possible. Des fleurs, des testeurs de parfums, des restos, elle tenait vraiment à toi.
Elle préférait tout te cacher. Elle se disait que ta douleur ne pourrait être atténuée que par l'ignorance de certains passages de sa vie. Que le fait qu'elle ne t'empêche pas de l'aimer constituait déjà une preuve d'égoïsme extrême de sa part. Elle ne pouvait se passer de toi, mais elle ne pouvait pas non plus lutter contre elle. Elle refusait juste de t'épargner, elle te voulait jusqu'à la fin, jusqu'à ce que tu partes de toi-même. Car c'est la seule chose qu'elle ne ferait pas, te retenir. Ne pas te dire les choses lui laissait un peu de temps, c'est tout.
Tu planais sur ton petit nuage, ça te plaisait de vivre comme ça. Des petites soirées entre amis, surtout les tiens, même si elle ne s'investissait pas tu te disais qu'elle faisait l'effort d'être là. Tu t'étais mise à la cuisine, car tu avais vaguement entendu dans une salle d'attente quelconque que pour garder un bon mari il fallait être bonne cuisinière. Mari, ce n'était pas ton cas. Mais tu t'es dis que ça devait être pareil, tu lui as préparé des bons petits plats tous les jours. Tu te serais mise à la couture et à la broderie si ça avait été nécessaire. Tu mettais tout ton c½ur à tout rendre parfait, à essayer d'anticiper ce qu'elle voulait. Tellement qu'elle se laissait passablement prendre au jeu.
Mais la vie continue et le naturel revient au galop.
Et rien des mensonges, des cadeaux, des fleurs, du bourguignon, ou des nuages n'y ont changés quelque chose. Il y avait quelque chose qui manquait à votre relation.
- J'en peux plus de tout ça.
Ces mots t'on sortie de léthargie, ton c½ur a fait un bond.
- De quoi ?
- De tout ce cinéma, de tous ces mensonges...
Tu t'y attendais, il fallait de toute façons qu'elle soulage sa conscience, et maintenant c'était trop dit. Tu voulais savoir. Tu étais face à ce que tu refusais en blocs depuis des mois. Tu savais déjà tout ce qu'elle allait te dire.
- Vas-y, dis moi tout.
Tu avais du mal à ne pas t'effondrer mais tu savais que si la moindre larme coulait de tes yeux elle fuirait en te rassurant. En te cachant encore les choses car elle ne supportait pas de te voir triste. C'était maintenant ou jamais.
- Je te trompe depuis toujours, je me doute que ça tu le sais déjà.
- Je m'en doutais fortement. Avec qui ?
- Je n'ai pas envie de te faire une liste, c'est pas ça qui est important.
- Tu trouves ?
- Il y à pire. Je ne sais pas m'empêcher de faire du mal au gens qui m'entourent. Je joue avec eux, c'est magnétique. Je chasse. Sauf que je chasse les filles. Je fais tout pour qu'elles tombent amoureuse de moi, et dès qu'elles s'attachent à moi je me barre.
- Tu te rends compte de ce que tu dis ?
Tu la regardais, incrédule. Tu ne pensais même pas qu'on pouvait s'adonner à de tels jeux.
- Je vais partir, je vais te laisser. C'est mieux pour toi.
Tu l'as regardé partir, une fois de plus, sans essayer de la retenir. Sans pleurer. Tu ne réalisais pas ce qu'il se passait. Ces paroles, ses paroles, comment les définir ? Tu ne comprenais pas.
Tu es restée des jours et des jours toutes lumières éteintes, volets fermés. Tu avais pris soin de changer le barillet de la porte, de dire à la voisine que tu t'absentais, de débrancher le téléphone.
Tu entamais ta cure Anti-Lou, tu pensais que rester seule dans le noir à fumer des pétards t'aiderait à te sevrer d'elle. Qu'il fallait que tu réfléchisses. Qu'il fallait que tu te retrouves.
Tes proches ont finit par s'inquiéter de ne plus avoir de nouvelles. Plusieurs fois tu as entendus des coups frappés à ta porte. Des voix qui t'appelaient, puis le silence de nouveau.
Tu restais immobile, assise dans ton lit, sans pleurer, tu te l'étais juré. Tu ne mangeais plus, tu ne t'habillais plus, tu ne te lavais plus, tu ne dormais plus, tu ne vivais plus.
Tu passais ton temps à la chasser de tes pensées, à t'empêcher d'essayer de deviner ce qu'elle faisait. A la maudire, à l'aimer, à la détester, à l'attendre, à espérer qu'elle ne revienne pas. Tu voulais t'en sortir, mais tu étais trop en manque pour pouvoir te relever. Il te fallait du temps, il te fallait comprendre.
C'était bien trop tôt pour affronter les autres, le reste. Tout ce qui n'avait jamais vraiment compté pour toi.
A part elle, qu'avais tu ? Quelle importance avaient les autres ? Quelle importance avait la vie sans elle ?
Tu t'es longuement posé cette question. Tu n'avais donc jamais imaginé l'hypothèse qu'elle reparte ?
Tu avais déjà peur qu'elle disparaisse le soir de votre rencontre, rappelles toi. Tu aurais du t'y attendre. Tu te torturais, cherchais des fautes que tu aurais faites et qui justifieraient cet aboutissement. Cela te rassurais de te rendre responsable de son départ, de ce qu'elle était. Tu te disais que tu n'avais pas su lui donner ce dont elle avait besoin. Tu n'acceptais pas de ne pas avoir su te modeler à ce qu'elle aurait voulu que tu sois.
Tu as fini par te relever. Difficilement revoir la lumière du jour. Appeler tes proches pour les rassurer.
Tu n'en avais pas envie mais tu n'en pouvais plus de cet état de latence. Tu étais prête à essayer de concevoir les choses sans elle.
Tu avançais, doucement certes, mais tu avançais quand même. Un pied devant l'autre, une chose à la fois, au jour le jour. Chaque démarche pour ta vie sociale ou personnelle constituait une épreuve indéfinissable pour toi. Sortir dans la rue, prendre le bus, parler, faire semblant de sourire, faire des efforts, prendre sur soi, affronter, dire bonjour, paraître agréable, encore faire des efforts, tenter de regarder des filles, détourner le regard, pleurer dans les chiottes d'un bar choisi au hasard. Tu surfais sur des incertitudes et tu te laissais porter par la vie, parce qu'il fallait que tu avances.
Ca ne servait à rien d'intervenir, tout ce qu'on aurait pu te dire te serait passé bien au dessus. Je ne sais même pas si tu écoutais vraiment quand on te parlait. Tu ne voulais pas parler d'elle, c'était le sujet à ne pas aborder. Tu essayais de t'investir dans quelque chose pour être occupée, mais tu ne trouvais rien qui te plaisait. Rien ne te motivait, rien ne pouvait combler ce vide qu'elle laissait en toi.
Tu te persuadais que rien en elle n'était bon pour toi, mais tu n'étais plus vraiment toi. Tu faisais les choses parce qu'il fallait les faire. Tu ne savais plus vraiment qui tu étais ni ce que tu voulais.
L'important était de gérer l'urgence, payer le loyer, donc de trouver du travail. Passage obligatoire par la case ANPE. Là où on vous regarde en vous disant que votre parcours professionnel ne correspond à aucune des offres actuellement sur le marché de l'emploi. Là où on vous expédie en vingt minutes, bonjour et au revoir compris.
Tu n'as rien trouvé évidemment. Les parents et les petits boulots te permettaient de survivre en attendant mieux. Quelques missions intérim, quelques petits contrats, tu apprenais à être adulte.
Tu sortais peu, tu voyais peu de gens. Tu devenais réservée. Toi qui habituellement était toujours aux aguets de la moindre occasion de te marrer, toi qui étais si joviale. Tu avais perdu ta bonne humeur, tu doutais de toi pour rien. Elle t'avait volé cette partie de toi.
Elle ne regrettait pas de t'avoir laissé. Même si elle aussi souffrait de cette séparation à sa manière.
Elle savait que c'était ce qu'il y avait de mieux pour vous. Elle se sentait capable de te faire beaucoup de mal, elle ne se gérait pas et ne voulait pas que tu sois sa victime. De toute sa vie elle n'avait aimé que toi. Elle ne voulait pas faire souffrir son seul amour.
Elle continuait à détruire tout sur son passage. Elle jouait son rôle, profitait des situations, s'incrustait dans les vies des autres, foutait tout en l'air et s'en allait. Elle ne trouvait jamais cette part de toi qu'elle recherchait dans les autres. Elle savait qu'elle tournait en rond sans toi. Elle ne savait pas ce que tu devenais. Elle savait que tu devais souffrir de cette séparation mais elle n'arrivait pas à t'imaginer sans elle. Tu l'obsédais, c'était toi qu'elle cherchait, elle le savait, mais elle ne voulait pas recommencer à te détruire. Elle se disait qu'elle n'arriverait pas à vivre normalement sans finir par jouer avec toi, à tester tes limites, les limites de ton amour. Elle préférait infliger ça à ses éphémères conquêtes.
Mais vous vous etes recroisées.
Tu l'as reconnue de dos. Tu étais à quelques mètres d'elle. Tu ne savais pas si elle t'avait vu.
Tu avais trois solutions devant toi, aller la voir, te sauver avant qu'elle ne te remarque ou attendre.
Tu es restée immobile devant la vitrine, tu étais paralysée. Tu voyais son reflet, tu devinais sa silhouette, tu avais les mains moites, la vision trouble.
Elle a continué son chemin, les deux mains dans les poches, nonchalante, fidèle à elle-même.
Tu l'as suivi, tu ne savais pas ce que tu faisais, ni pourquoi. Tu marchais par automatisme, laissant une distance suffisante pour qu'elle ne se rende pas compte de cette petite filature.
Tu étais en week end chez des amis, dans cette grande ville que tu ne connaissais pas. Tu étais à mille lieux de penser la croiser ici. Tu étais sortie prendre l'air, ambiance trop étouffante, trop de personnes dans une même pièce, trop de promiscuité. Tu sentais que les autres étaient désolés de te voir si triste, on t'avait invité pour ne pas te laisser seule, tu le savais. Ils prenaient tous soin de toi et ça t'agaçait. Tu t'en foutais de toi, tu t'en foutais des autres, tu encaissais ces trois jours loin de ton nid, loin de ton refuge, loin de ta maison. Tu voulais qu'on te laisse tranquille, qu'on arrête de te regarder avec ces yeux pleins de compassion, plein de pitié. Tu en avais marre qu'on te dise de te changer les idées, de passer à autre chose, de relever la tête, car c'est ce que tu essayais de faire.
Tu as eu l'impression de la suivre des heures, à te questionner intérieurement, à te cacher instinctivement dès qu'elle s'arrêtait, à n'être qu'un morceau de ferraille attiré par son aimant.
Elle est rentrée dans un bar miteux à l'autre bout de la ville, tu n'avais aucune idée de comment rentrer, et tu avais envie de rester en planque pour voir si elle allait ressortir, accompagnée ou pas. Tu l'avais retrouvé, tu aurais été prête à tout pour en savoir plus. Tu ne pouvais pas te contenter d'appeler quelqu'un pour qu'on vienne te rechercher. Il fallait que tu saches.
Une voiture de police est rapidement arrivée sur les lieux, deux flics en sont sortis et t'ont immédiatement abordés.
- Bonsoir mademoiselle, pourrait vous nous présenter vos papiers d'identité ?
- Euh, bien sûr, attendez...
Tu cherchais frénétiquement dans tes poches, tu savais que tu n'avais rien pris en sortant, mais tu cherchais un justificatif quelconque de ton identité.
- Le patron du bar devant lequel nous nous trouvons a appelé pour signaler qu'une de ses clientes avait été suivie par une jeune fille répondant à votre description, en ces circonstances veuillez nous suivre pour une vérification de votre identité au poste de police.
- Mais je la connais, c'est mon... , c'est une amie, demandez lui...
- Veuillez nous suivre, nous verrons plus tard si elle entreprend des poursuites à votre encontre, pour l'instant nous allons juste vérifier votre identité.
Elle te regardait à travers la fenêtre graisseuse, le sourire aux lèvres, contente de son coup. Elle t'avait fait traverser la ville, elle t'avait bien eu avec son histoire aux flics, et maintenant elle t'avait retrouvé. Elle était contente, ce n'était pas bien méchant, et elle savait qu'ils allaient te relâcher.
Ils t'ont emmenés. Tu as attendu pendant des heures avant que quelqu'un se décide à s'occuper de ton cas. Tu as justifié ton identité, et ils t'ont laissés repartir en te disant que tu avais de la chance que cette dame n'engage pas de poursuites.
Encore un pourquoi qui s'ajoutait à ta longue liste. Quel était son but ?
T'éloigner ? Jouer ? T'attirer ?
Tu ne voulais plus de cette dépendance, de cette attirance que tu avais pour elle. Tu ne voulais plus l'aimer, tu aurais tout donné pour pouvoir la détester. Pour qu'elle sorte enfin de ta vie, tirer un trait sur elle, oublier tous ces moments passés avec elle.
Tu te disais que rencontrer d'autres personnes, de côtoyer d'autres mondes t'aiderait à l'oublier.
Tu as déménagé, pour ne plus habiter là où vous aviez vécus. Tu as tout changé, ta vie, tes goûts, tes envies, tes priorités, pour ne plus rien avoir en commun avec ce que tu connaissais d'elle.
Tu as rencontré d'autres filles, tu as couché avec de meilleurs coups qu'elle, tu as cherché ce que tu étais, tu as vécu d'autres choses que ce qu'elle t'avait fait découvrir.
Tu construisais ton petit équilibre, tu te faisais tes propres points de vus, tu t'assumais en tant que ce que tu étais. Tu apprenais à vivre pour toi.
La vie de célibataire t'allait plutôt bien, tu n'étais pas prête à t'engager dans quelque chose de sérieux et tu avais quelques bonnes copines qui te rendaient bien service. Tu pouvais sortir tant que tu voulais, faire ce que tu voulais sans être obligée de te justifier.
Puis tu as rencontré Julie, tu es tombée amoureuse.
- Tu es belle... Comme ça au soleil, bouge pas, je vais chercher mon appareil.
- Hum ??
Julie faisait un peu de photo, elle n'arrêtait pas de faire des portraits de toi. Ca ne te déplaisait pas, on n'avait jamais pris autant soin de toi.
- Bouge pas surtout...
Tu as tiré la langue juste au moment où elle a déclenché le mécanisme.
- Mais !!!! Tu vas me le payer....
Elle t'a sauté dessus comme une gosse, et vous etes partis dans une bataille de chatouilles, jusqu'à ne plus en avoir de souffle. Et puis être tellement attirée l'une par l'autre que vos bouches n'ont pas pu s'empêcher de s'explorer et vos corps de se rapprocher.
Tu étais bien avec Julie, elle te faisait rire, elle te donnait goût à la vie. Tu n'imaginais pas de futur, mais tu étais heureuse dans ta vie. Tu te découvrais beaucoup de passions, éphémères pour la plupart. Tu t'intéressais à tout et à rien en même temps. Tu papillonnais, tu virevoltais, tu avais quelqu'un qui dormais toutes les nuits dans ton lit, quelqu'un qui veillait sur toi.
- Tu crois qu'on pourrait avoir des enfants un jour ?
Tu n'avais pas vraiment envie de réfléchir à la question et ça t'embêtait vraiment qu'elle te la pose. Pour toi vous n'en étiez pas du tout là. Il fallait pourtant que tu répondes. Tu étais bien avec elle, tu voulais juste ne pas penser au futur.
- C'est peut être un peu tôt pour en parler, non ?
- Moi je voudrai un garçon, blond, aux yeux verts, qu'on appellerait Victor....
Elle parlait toute seule, elle imaginait, tu acquiesçais, tu ne l'écoutais pas.
- ... Non tu as raison c'est déraisonné !
Tu lui as souris, pour te sortir de ce mauvais pas et vous n'en avez pas reparlé. Tu savais qu'elle n'insisterait pas. Tu ne communiquais pas vraiment avec elle. Quand elle voyait qu'un sujet était tabou elle passait gentiment à autre chose, sans poser de question.
- Tu m'enlèves au bout du monde sans rien dire à personne ?
- Ca, je veux bien, fais tes valises on décolle dans dix minutes !
Tu y as beaucoup réfléchi, tu as décidé de l'enlever, pas pour la vie mais pour l'envie.
Tu l'as appelé le lendemain matin, juste après avoir réservé deux billets sur Internet, en lui donnant rendez vous à l'aéroport le soir même.
- Mais on va où ?
- Au bout du monde, tu verras bien ce soir...
- Allez, dis moi... On va où vraiment...
- Pas la peine d'insister, je veux que ce soit une surprise, fais tes valises et sois à l'heure, c'est tout.
- Je peux pas faire mes valises si je ne sais pas où on va. Je t'ai eu, tu es obligé de me le dire maintenant !
- Non, je ne suis pas obligée. Tu ne prends pas trop de pulls, favorise les tee-shirts, n'oublie pas ton maillot de bain...
- Donc on va à un endroit où il y a la mer, ça restreint les destinations... Je vais deviner, tu me donnes trop d'indices...
- Ca peut très bien être pour aller à la piscine !
Vous avez éclaté de rire et elle s'est contentée de tes directives.
Tu l'emmenais en Espagne, tu n'avais pas les finances pour aller plus loin et ça te semblait être la bonne destination pour tes premières vacances. Un peu improvisées, certes, mais tu as sauté sur l'occasion. Tu avais pris le séjour le moins cher, tu voulais juste t'évader un peu, et le fait que tu sois accompagnée t'avait aidé à oser partir sans préméditations. Même s'il ne s'agissait que de trois jours d'escapade.
Julie fût déçue de découvrir que ta surprise n'était qu'une vague formule deux étoiles sur la Costa Brava. Elle s'attendait à mieux, mais elle cachait sa déception. Ca lui faisait plaisir de partir avec toi, mais elle aurait voulu que tu sois plus entreprenante. Plus engagée. Plus folle. Elle avait idéalisé tes paroles d'hier soir, y avait cru sans y croire, mais cru quand même.
Toi tu partais plus pour toi que pour elle. Tu voulais lui faire plaisir, mais vous ne parliez pas le même langage. Elle voulait que tu l'enlèves alors que toi tu prenais juste des vacances avec elle.
Vous etes arrivées le lendemain matin, l'hôtel n'était pas terrible, mais bien situé. Front de mer, jolie vue sur les îles Medes. Julie a filée à la plage immédiatement après votre installation.
Tu ne l'as pas suivie, tu voulais te reposer et visiter un peu la ville avant d'aller te cuire sur le sable.
Il faisait encore trop chaud pour sortir, tu t'es allongée sur le lit, tu as fermé les yeux.
Elle était là, en face de toi, elle te regardait dormir, tu sentais son regard narquois sur toi. Tu avais chaud. Tu ne pouvais rien faire à part attendre qu'elle s'en aille. Tu la voulais et tu la refusais. Vous n'étiez pas dans cette chambre d'hôtel, rien qui ne puisse ressembler à un quelconque endroit déjà visité. Les impressions et les sentiments se battaient en ton intérieur. Comme un immense pogo en plein centre de ton c½ur. Tu t'es réveillée, trempée de sueur, réalisant que ce n'était qu'un rêve. Qu'elle n'était pas en train de t'observer, qu'elle n'était pas entrée dans cette chambre. Tu as chassé ces pensées de ton esprit, tu as pris ta serviette et tu es partie à la recherche de Julie.
Tu avais besoin d'être à ses côtés. Peut être que cela te rassurait.
Tu te mentais, ce n'était pas un cauchemar. Tu l'avais encore dans les tripes.
Tu as rejoins Julie, tu ne lui as pas parlé de cette rencontre onirique. Tu t'es contenté d'étaler ta serviette à coté de la sienne, de l'embrasser, et de fermer les yeux.
- Tu es bizarre... Qu'est ce qu'il y a ?
- Rien, je suis juste un peu fatiguée, c'est tout.
- Ah non, tu m'as emmené ici, tu n'as pas le droit. Déjà que je ne t'ai pas vu de la journée...
Voilà les reproches qui arrivaient, tu n'avais pas envie de discuter. Tu te posais déjà assez de questions, tu n'avais pas besoin de répondre aux siennes.
- Excuses moi bébé, j'ai du mal à me remettre, c'était la première fois que je prenais l'avion. Pour la peine c'est toi qui choisi le resto de ce soir, découvrons la cuisine espagnole !
Tu prenais sur toi pour paraître normale, elle semblait y croire. C'était le principal.
Tu étais partie avec elle pour oublier Lou, pour croire en votre histoire et tu te ramassais encore la gueule. Tu ne l'aimais pas, ce n'était pas avec elle que tu voulais continuer.
Vous n'alliez pas pouvoir continuer comme ça. Tu savais que tu finirais par lui faire du mal. Tu la voyais s'accrocher, tu la voyais y croire, et tu ne voulais pas lui faire plus de mal. Tu l'as quitté, par honnêteté, mais sans lui donner d'explications.
Dès que tu fermais les yeux c'était à Lou que tu pensais.
Tu te retournais dans la rue, tu la voyais partout.
Elle était de plus en plus présente dans ta vie. Dès que le sommeil t'emmenait tu la retrouvais, elle te faisait l'amour toutes les nuits. Tes journées n'étaient plus que l'attente de ces rencontres imaginaires.
Tu ne savais pas ce qu'elle devenait, ni où elle était. Tu ne savais pas par où commencer pour la retrouver. Et si tu la retrouvais ? Que ferais tu ? Que serait elle ?
Elle te cherchait de son côté. Tu n'avais plus quitté ses pensées depuis le jour où tu l'avais suivi. Elle pensait t'avoir retrouvé. Mais elle s'était trompée et s'en était gravement mordu les doigts. Elle aurait était prête à reconstruire quelque chose avec toi à ce moment. Toutes ses nuits se ressemblaient, elle ne dormait pas, pensait à toi, à tout ce qu'elle avait perdu en jouant avec toi. Elle se faisait souffrir pour se punir, elle défiait la vie, testait ses limites physiques et mentales. Elle mourrait doucement de cet amour qu'elle croyait perdu. Elle vivait avec des restes de toi, des restes de ce que tu aimais. Des bribes de cette vie qu'elle avait partagée avec toi. Des fragments de tout ce dont elle n'avait pas su profiter. Elle avait essayé de t'appeler, elle était revenue frapper à votre porte, mais tu n'avais pas laissé de traces. Elle avait bien essayé de soutirer des informations à quelques connaissances que vous aviez en commun, mais personne ne semblait avoir de tes nouvelles. Plus elle te cherchait et plus elle avait l'impression que tu t'étais volatilisé, que tu avais disparu de la surface de la terre.
Ca la rendait folle de ne pas savoir où tu étais, ça la rendait folle de vivre sans toi. Elle était en manque de toi.
Elle avait appris que tu étais avec quelqu'un, une certaine Julie. Elle se disait qu'elle serait peut être plus facile à trouver que toi. Et qu'en toute logique, tu serais avec elle. Ca la mettait dans une rage folle de te savoir avec quelqu'un d'autre qu'elle. Elle bouillait d'impatience de voir à quoi elle ressemblait, ce qu'elle pouvait bien avoir de plus qu'elle. Elle voulait la démolir, lui refaire la tête, lui cracher dessus et te reprendre.
Elle réussi à avoir quelques informations sur Julie, elle savait qu'elle était photographe. Elle a pris rendez vous dans tous les studios, bien décider à se faire tirer le portrait jusqu'à l'identifier. Elle ne savait pas que tu venais de la quitter.
- Julie ?
Elle a tourné la tête, ses yeux étaient rouges, elle avait dû pleurer peu de temps avant.
- Oui, vous aviez rendez vous je crois. C'est pour quel genre de photos ?
- C'est pas vraiment pour des photos...
Julie n'a rien vu arrivé, en moins de deux secondes elle était à terre, le nez en sang et elle n'avait toujours pas la moindre idée de ce qu'il se passait.
Elle avait ce qu'elle voulait, elle se défoulait, se vidait de toute cette colère, de tout ce qu'elle ne contrôlait pas. C'est en pensant à toi qu'elle s'est arrêtée, qu'elle s'est relevée et qu'elle l'a laissé.
Quand tu as appris ce qui était arrivé à Julie tu as tout de suite compris. Elle était à ta recherche, elle arrivait, elle venait te reprendre. Tu as juste trouvé ça bête que quelqu'un d'innocent ait encore payé, mais tu aimais cette façon de faire. Elle t'avait manqué et tu ne comptais pas te laisser prendre sans qu'elle lutte encore un peu. Jusqu'où était elle prête à aller pour toi ? Jusqu'où irait elle te chercher ?
Vous vous poursuiviez, vous vous attendiez, la course était lancée.
Il fallait que tu échafaudes ton plan. Comment procéder pour la tester, te venger, jouer et recommencer tout, comme avant. Tu voulais la faire courir, mais comment.
Tu avais décidé de l'appeler. Tu savais dans quel hôtel elle était, rien de bien difficile pour cette première étape. Tu ne voulais pas lui parler, juste laisser un message à son intention.
La réceptionniste a pris note, en te disant qu'elle lui transmettrait à son retour.
Elle était devant chez toi, elle avait déjà eu le temps de repérer ton nom sur la sonnette et cherchait la boite aux lettres correspondante. Elle y a glissé une petite enveloppe, et elle a sonné chez toi.
Tu as sursauté. Tu n'attendais personne, tu as toute de suite pensé à elle.
- Qui est ce ?
- Le facteur.
Tu as reconnu sa voix à travers l'interphone. Tu as pris tes clefs et tu es descendue en courant. Tu voulais la voir, tu savais qu'elle avait du mettre quelque chose dans ta boite, mais ça pouvait bien attendre un peu. Tu es arrivée trop tard, tu ne l'as pas vu. Tu t'es dit qu'elle avait du mettre les voiles. Tu es repassée par ta boite, et, il y avait effectivement une petite enveloppe où ton prénom était inscrit.
Elle était encore là, elle te regardait tourner et retourner cette enveloppe dans tes petites mains. Elle avait vu ce qu'elle voulait voir. Elle a attendu que tu remontes et elle est rentrée à l'hôtel. La réceptionniste lui a remis ton message. Pour la première fois, elle a pleuré d'émotion.
Vous aviez eu la même idée au même moment, pour vous donner rendez vous au même endroit.
A suivre...
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